Le traité de Finkenstein du 4 mai entre la France et la Perse est le seul traité politique que soit jamais intervenu entre ces deux puissances . Il était dirigé à la fois entre lAngleterre et la Russie, contre lAngleterre à laquelle le Roi de Perse sengageait à déclarer la guerre et à la faire immédiatement; contre la Russie dont lEmpereur ne reconnaissait pas les prétentions sur la Géorgie, province quil reconnaissait au contraire étant légitimement à la Perse. Par dautres articles, le Schah prenait lengagement demployer son influence sur les Afghans pour les déterminer à attaquer lAngleterre et de donner passage sur son territoire à larmée que lEmpereur des Français voudrait envoyer contre lInde anglaise. La stipulation relative à la Géorgie était la plus précieuse pour la Perse, elle était même la seule qui lui fut utile , les autres ne lui imposant que des charges : elle fut aussi la première violée, ou du moins oubliée par lEmpereur avant même la ratification du traité par la Cour de Téhéran. LEmpereur ayant signé la paix à Tilsitt avec la Russie ny fit aucune réserve pour la restitution de la Géorgie à la Perse , malgré les termes formulés de larticle « 4 » du traité de Finckenstein.
Un Ambassadeur persans Etait arrivé au quartier général de lEmpereur: il était temps de nommer un ambassadeur à la Cour de Perse. LEmpereur y pourvut de 12 avril 1807.
Les instructions du Général Gardanne sont du 10 mai:
« La pensée de sa mission est toute entière dans cette phrase: « la Perse est considérée par la France sous deux points de vues: comme ennemie naturelle de la Russie et comme de passage pour une expédition aux Indes.
Tout le reste en découle. Les exacts renseignements quil devait envoyer à lEmpereur sur la force de larmée et sur les routes de lInde, les communications quils devait établir avec les Haratis. Tout se rattache à ce double point de vue et principalement à lexpédition contre lInde anglaise. Car lEmpereur voulait dès lors et prévoyait la paix avec la Russie. Le Général Gardanne était de plus autorisé à conclure à Téhéran un traité de commerce avec la Perse sur les cases des traités de 1708 et 1715.
Le Général Gardanne nétait pas encore arrivé à Constantinople. Quand la paix fut signée à Tilsitt entre la France et la Russie. La Perse navait pas été comprise dans le traité qui ne refermait aucune stipulation relative à la Géorgie. Cétait une première déviation du traité de Finckenstein du 4 mai, dont les négociations ultérieures du Général Gardanne devaient se ressentir. Il fallait effectivement modifier les instructions précises de travailler à un rapprochement entre la Russie et la Perse et diriger tous les efforts à Téhéran contre lAngleterre. On lui écrivit donc en ce sens le 26 août et pour justifier loubli des intérêts de la Perse, on lui fit observer que le traité du 4 mai nétait pas justifié, ni même probablement connu de FathAli Schah: la France navait pu stipuler pour la Perse dans lignorance où lon était du parti que prendrait ce gouvernement. Cependant à la même époque, les Russes, maître de la Géorgie et satisfaits de leur succès , demandaient à traiter avec la Perse qui sy refusait en alléguant des engagements avec lEmpereur auquel elle semblait confier ses intérêts et envoyait un second ambassadeur, Asker Khan.
Le Général Gardane arriva le 4 décembre 1807 à Téhéran. On y connaissait alors la fin de la guerre entre la Russie et la France et lentier oubli des intérêts de la Perse dans le traité de Tilsitt. Or la première nouvelle des événements, le Schah avait témoigné quelque froideur à M. de Laflanche. Mais ils ninfluèrent pas sur laccueil fait au GG qui fut reçu avec de grands honneurs et le plus vif empressement. le GG échangea aussitôt avec le Vizir les ratifications du traité dalliance de Finckenstein, conclut avec lui une ratification pour lenvoi en Perse de 20000 fusils de munitions et signa aussi un traité de commerce qui accordait aux négociants français lexemption des droits de douane pendant et qui fixait à 3% tant à lentrée quà la sortie quils auraient à payer par la suite. Larticle 7 de ce traité porte que la Perse cède à la France en toute propriété lIle de Kharek mais en subordonnant cette cession à accomplissement des articles 2 , 3 et 4 du traité de Feinkenstein, cest à dire à lévacuation de la Géorgie et des autres provinces persanes par les Russes. Tout cela se passait dans les premiers mois de 1808 et lon paraissait sentendre. mais bientôt la situation changea de face et il devint impossible de se dissimuler quune alliance politique entre la Pue et la France, soit contre lAngleterre soit contre la Russie nétait que la plus chimérique des illusions. En effet le GG était à peine arrivé en Perse que le gouvernement anglais de lInde annonça par qqs mesures de vigueur contre les Persans, lintention de détruire sérieusement à tout prix linfluence française qui commençait à sétablir à Téhéran. Le Roi de Perse répond à ses mesures par des actes du même genre il chasse de Téhéran un espion anglais, il défend toute relation avec les anglais, il promet de leur déclarer la guerre mais alors apparaît dans le Golfe Persique une escadre anglaise à bord de laquelle se trouvait le Major Malcolm. Elle est repoussée des côtes du Farsistan et séloigne. Feth-Ali Schah refuse de recevoir aucune communication de M.Maccolm, comptant toujours sur lappui de la France et ne voulant lui fournir aucune prétexte de labandon dans ses prétention sur la Géorgie. Cependant les Anglais ne renoncent pas à leurs desseins, ils répandent lor avec profusions parmi les principaux fonctionnaires de la cour de Téhéran. Un nouvel envoyé M.Hardford Jones se présente dans le Golf Persique et les partisans de lAngleterre exploitent avec habileté les embarras que causaient à la Perse du côté du nord la reprise des hostilités par le Comte Godovitch et lindifférence trop évidente de la France pour le sort de la Géorgie.
On a vu que le GG après la paix de Tilsitt avait reçu lordre de travailler à un rapprochement entre la Perse et la Russie. Quand il arriva à Téhéran les hostilités étaient suspendues mais la Russie plus libre de ses mouvements depuis la paix avec la France ne tarda pas à faire des démarches pressantes pour consacrer par un traité définitif ses conquêtes au delà du Caucase menaçant de recommencer la guerre si la Perse ne lui reconnaissait pas pour frontières le lit du kur de Arax et de Arpachaï. Ces propositions furent apportées furent apportées à Téhéran par le Baron de Wiede au nom de Comte Gudowitch en mai 1808, et rejetées par Feth-Ali Schah qui demanda un armistice dun an et daprès les conseils du GG réclama la médiation de lempereur sous les yeux duquel la négociation se poursuivait à Paris entre lAmbassadeur de Perse Asker Khan et le Comte de Tolstay, Ambassadeur de Russie. Le Comte Gudovitch parut y consentir et aussitôt le Roi de Perse envoya les instructions nécessaires à Asker khan tandis quil sollicitait directement de lEmpereur et faisait écrire à ses ministres par les siens pour quil se chargeât de cette médiation. Mais la France et la Russie repoussèrent en même temps les propositions de la Perse. Le G. Godowitch instruit le premier des résolutions de son gouvernement se mit en devoir dexécuter les ordres quil en avait reçus et reprit une attitude hostile pendant quAbbas Mirza et le Roi de Perse comptaient toujours sur lintervention de la France. Dans ces conjonctures difficiles, GG à qui on ne répondait pas et qui avait engagé sa parole au Roi de Perse tenta un dernier effort. Il se porta garant du maintenir de létat de trêve et envoya M. Lajard, 2e secrétaire de sa légation auprès du Comte Gudowitch pour lui déclarer au besoin que toute attaque de sa part contre les Persans seraient considérée comme une injure à la France. Mais déjà il nétait plus temps, la guerre avait été reprise et larmée dAbbas Mirza deux fois battue par les Russes qui furent cependant obligés peu à peu de lever avec une perte considérable le siège de la citadelle dIrevan. M. Lajard trouvant les choses aussi avancées ne crut pas devoir faire au Général russe la déclaration dont il était chargé et après la levée du siège dIrevan, le suivit à Tiflis pour continuer la négociation.
Ce fut une grande faute qui eut les plus fâcheuses conséquences. La Cour de Perse vit avec peine quun agent français envoyait au G. russe par un ambassadeur de France dont la garantie devenait illusoire restât dans le camp de ses ennemis, après avoir vainement essayer de les arrêter et elle crut que la France faisait pour ainsi dire causé commune contre elle avec les Russes. Au milieu de cette crise, la position du G.G. était chaque jour plus pénible, sans instructions de son Gouvernement, depuis que les Russes avaient recommencé la guerre, il voyait chanceler la fidélité toujours douteuse de Feth-Ali Schah et nespérait plus se maintenir longtemps à TéHéran. Il avait déclaré, dès le mois de Juin, que si un seul Anglais était admis en Perse il se croirait obligé de se retirer et sur cette déclaration, le ministère persan avait refusé au Major Malcolm lautorisation denvoyer un courrier auprès du Roi, mais depuis cet avantage, Gardanne avait constamment depuis du terrain. On cherchait de toutes parts à persuader au Roi que Napoléon lavait abandonné, quil ne pouvait ni ne voulait le soutenir et quil lavait sacrifié aux Russes. Les Anglais allaient même jusquà lui promettre quils laideraient à recouvrer la Georgie sil voulait rompre avec la France. Un seul des ministres persans restait fidèle à lalliance française, tous les autres gagnés par lAngleterre travaillaient à faire triompher son influence et, quoique Abbas Mirza ne se laissât pas encore entraîner dans ce parti son vizir Mirza Buzurg sétait ouvertement déclaré contre la France. Inquiet de ces dispositions et peu assuré par le caractère personnel du Roi quil savait faible et avide dargent, le GG déclara de nouveau quil se retirerait si un seul Anglais mettait le pied sur le territoire persan. Cétait le 23 novembre1808 que dans une audience du Schah, GG lui renouvelait cette déclaration, mais FASC répondit à lAmbassadeur après avoir examiné toutes ses preuves de fidélité à lEmpereur quil ne pouvait pas refuser dadmettre les agents anglais si, dans un délais de 60 jours la France navait pas fait connaître ses intentions.
Telle était la situation à la fin de 1808. La mission de M.Lajard auprès du G. russe navait en aucun succès. Le Roi savouait impuissant à braver plus longtemps les mesures de lAngleterre et les armes victorieuses de la Russie, et G. se préparait à quitter la Perse. Ce triste dénouement était même dautant plus inévitable que lEmpereur ne voulait pas se charger de la médiation enter la Russie et la Perse. Il fit écrire au GG le 2 novembre en ces termes:
« Il nest pas naturel de forcer à de si longues à de nouveaux délais. Chercher à reprocher les deux états sans charger la France de lembarras dune discussion qui ne peut lintéresser personnellement et qui dailleurs ne pourrait quaffaiblir ses rapports damitié avec la Perse si elle ne se terminait pas gré de cette cour. »
Pour comble de confusion, le ministre français napprouvait par le traité de commerce conclu par Gardane. On lui reprochait dans la dépêche que nous venons de citer davoir agi avec trop de précipitations et consenti à des conditions moins avantageuses que celles de 1715. Ainsi se brisaient à la fois les liens par lesquelles lEmpereur avait voulu rattacher la Perse à sa politique.
Cependant les deux mois de délai accordés par le Roi de Perse sécoulèrent sans quil arrivât de réponse de lEmpereur aux lettres de ce Prince . En conséquence Sir Harford Jones, Ambassadeur dAngleterre qui avait débarqué au novembre 1808 à Bender Bouchir, reçut le 4 février 1809 lautorisation de se rendre à Téhéran. Sur cette nouvelle, le Général Gardanne demanda une audience au Roi ,lobtint pour le 8, prit congé de lui et de de la cour et quitta Téhéran le 16. Sir Harford Jones y arriva le lendemain...
( Laudience de GG auprès du Fath-Ali Schah)
Il (GG) fut très bien reçu à Tauris par le Prince Abbas Mirza et son vizir Mirza Buzurg que lon croyait gagné par les Anglais. Abbas Mirza qui avait chaudement puis le parti de la France et organisé une partie de son armée à lEuropéenne par les conseils et les secours de plusieurs officiers français voyait avec dautant plus de peine les Anglais prendre le dessus à la cour de son père, que son frère aîné, gouvernement de lIrak sétait attaché à lAngleterre et pouvait un jour sappuyait sur elle pour lui discuter la couronne. Mais ni les efforts du petit nombre de partisans que la France avait conservés auprès du Roi, ni les efforts de Gardanne et de M. Joannin, ni la nouvelle des succès de lEmpereur en Espagne ne purent empêcher Sir H. Jones de consolider de son ascendant à Téhéran et dobtenir le renvoi de tous les français.
(Mécontentement du gouvernement français!!!)
... M.Joannin eut à notifier au vizir au même ministre qui avait longtemps soutenu le parti français que lEmpereur ne voulait pas se charger de la médiation entre la Perse et la Russie, quil navait pas ratifier le traité de commerce et quil avait déféré à lexamen du ministre de la guerre la convention relative aux 20000 fusils. Le GG ayant échoué dans les derniers efforts auprès de FAS partit de Tauris le 7 avril 1809 et son retour en France mécontenta lEmpereur à un tel degré quil lexila dans ses terres.
...
Peu de temps après le retour de M. Joannin, lAmbassadeur persan Asker Khan quitta la France et lEmpereur qui navait pas abandonné ses anciens projets sur la Perse, chargea un certain M.Dutrey de se rendre à Téhéran et dy rester en qualité dargent et chargé daffaires sil recevait un accueil favorable. Arrivé près de Téhéran, M. Dutrey dut attendre pendant six semaines dans un mauvais village que F.A.S. lui fit connaître ses intentions ; mais ce prince toujours fasciné par linfluence anglaise ne voulut ni le recevoir dans sa capitale ni le tolérer sa résidence dans son royaume et M. Dutrey dut renoncer à laccomplissement de sa mission(1811).
Telle fut la fin des relations de lEmpereur avec la Perse. Le gouvernement de la Restauration na eu que des rapports fugitifs et sans caractère officiel avec la Perse. En 1819, il a reçu à Paris un ambassadeur envoyé auprès de plusieurs puissances, homme desprit et dobservation mais très exigeant qui était en 1825, ministre des affaires étrangères à Téhéran, quand M. Desbassagnes de Richmont commissaire ordonnateur des établissements français dans lInde y présenta au Roi de lettres au nom de Charles X, mais il nest resté aucune trace ni de lambassade de 1819 en France ni de la mission de M. de Richemont.