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Histoire des relations franco-iraniennes -XIXe et XXe siècles | Bloguez.com

• 21/4/2008 -

Mémoire remis à l’Empereur Napoléon par Son Excellence Hassan Ali Khan, Ministre de Perse à Paris dans son audience de congé le 14 avril 1867

 

Ressources : Archives diplomatiques de Nantes

Série A

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Sire,

Il y a huit ans que le Gouvernement de Sa Majesté le Schah m’a fait l’insigne honneur de m’accréditer en qualité de son ministre plénipotentiaire près de la Cour de Votre Majesté. Pendant tout cet espace de temps, je n’ai cessé au-delà même de ce qu’exigeaient les stricts devoirs de mon poste, de tenir mon gouvernement au courant des affaires des Etats de l’Europe et de leur faire connaître leur puissance, leurs ressources, leurs institutions, l’ordre qui y régnait, la liberté et la sécurité dont jouissaient leurs sujets et les progrès accomplis dans les pays européens et particulièrement la France. Dans des dépêches adressées tant directement à mon souverain qu’à ses ministres, je n’ai cessé d’insister sur la nécessité de réformes, les abus d’améliorer la condition du pays, de faire entrer les peuples d’Iran dans la voie du progrès. J’ai souvent invoqué l’autorité des conseils que Votre Majesté, il y a quelques années, a écrit à Sa Majesté le Schah et que (...) les recommandations successives des représentants de Votre Majesté à Téhéran. J’ai constamment engagé mon souverain  et ses ministres à mettre ces conseils à profit et je n’ai jamais manqué de faire valoir comme des avantages précieux l’amitié sincère et désintéressée de la France à l’Egard de la Perse et l’appui moral que celle-ci serait toujours sûre de trouver chez son ancienne alliée du moment qu’elle se montrerait capable d’en profiter. Si les rapports et les dépêches que j’ai adressés pendant ces 8 années à mon gouvernement pouvaient être mis sous les yeux de Votre Majesté, l’Empereur daignerait  reconnaître que j’ai été dans cette circonstance un serviteur dévoué de mon souverain, que j’avais ardemment à cœur le bien de mon pays et que j’ai rempli fidèlement les devoirs de mon poste.

Mon Auguste souverain a ... les meilleures intentions à l’égard de son peuple et des idées nobles et élevées il a eu même plus d’une fois la pensée de reformer les lois et les institutions de son Empire; quelques mesures et dispositions prises de temps à autre le prouvent mais qu’il me soit permis d’avouer à Votre Majesté les connaissances et l’institution que les Princes de la Perse acquièrent et que mon souverain possède du reste un plus haut degré n’ont pas fait de progrès  depuis bien des années l’absence de tout contact intellectuel avec l’Europe ayant empêché de les élargir. Persuadé par le contact que m’offrait surtout la France combien l’initiative d’un souverain instruit par l’étude,  l’observation et l’expérience, est impuissante pour donner une impulsion salutaire à son peuple, j’avais pris sur moi de décider mon auguste souverain à entreprendre un voyage en France. Ce voyage qui eut été une démarche de courtoisie envers Votre Majesté a eu comme cause de ce projet et elle a même si je suis bien informé, daigné recueillir gracieusement quelques ouvertures faites à ce sujet par les ministres de mon souverain. Malheureusement quelques considérations passagères et secondaires relatives aux affaires intérieures et plus tard les graves complications survenues en Europe ont fait ajourner à mon souverain le voyage projeté et dans ce rapport mes meilleures espérances se sont évanouies.

Le malheur de la Perse veut qu’un souverain animé de si bonnes intentions ne trouve parmi ses ministres et conseillers officiels personne qui le seconde car ses ministres et conseillers sont en général choisi parmi les hommes infus de préjugés et de préventions et sont complètement étrangers aux connaissances et aux besoins  de notre temps. Ce qui pis est, le gouvernement et l’administration sont entre les mains d’individus qui  n’ont en vue que leurs intérêts personnels et dont le seul mobile est une ambition que rien ne justifie, en sorte que si quelqu’un en dehors des plus hautes fonctions actuelles animé par le patriotisme et le dévouement pour que le souverain élève la voix dans les intérêts du peuple et de l’Empire qui  se meurt loin d’accueillir ses conseils et d’en profiter, on se détourne avec dédain et ne traite ses paroles de vains propos.

Lors  de mon arrivée en France en 1859, j’avais amené avec moi une cinquantaine de jeunes gens destinés à faire leur éducation en France. Le gouvernement persan était à cette époque très porté à se mettre en contact intellectuel et commercial avec l’Europe et j’ai cru de mon devoir d’encourager ses tendances dans ce rapport, persuadé que ces missions de jeunes gens, si elles prenaient une certaine extension et se faisaient avec quelque esprit de suite, fournissaient dans quelques années une pépinière d’hommes spéciaux capables et créeraient à la longue au sein de la Perse une juste de public pouvant exercer une influence salutaire sur le gouvernement et donner une bonne disposition sur le peuple entier. Ces premières bonnes dispositions du gouvernement n’ont pas été de longue durée par suite de l’ incurie et de l’ignorance des ministres et des grands dignitaires du pays et a été mes nouveaux sujets de regrets et de découragements pour moi ; un entêtement d’ignorance et une insouciance égoïste sont devenus en quelque sorte une règle de conduite chez ceux que leur position élevée devrait de plus intéresser aux affaires du pays, et c’est avec raison qu’un persan bon observateur des défauts de ses compatriotes a dit que les maux de la Perse viennent de ces deux mots « est-ce que cela nous regarde? » et « Est-ce que cela vous regarde? » dont on se sert tantôt pour excuser sa propre indolence et tantôt pour empêcher les autres de s’intéresser à la chose publique et d’agir.

C’est donc la rougeur au front et le cœur  rempli de tristesse que je dois faire à Votre Majesté ce pénible aveu que tous les efforts qu’il m’a été permis de tenter dans la sphère de mon action ici n’ont abouti aucun résultat. Dans ce siècle où tous les peuples  et tous les gens cherchent à réformer et à améliorer leurs institutions où les plus arriérés s’élancent dans la carrière du progrès, la Perse qui est le plus ancien et le plus célèbre état de l’Asie, est non seulement privée de tous les avantages de la civilisation et du progrès, mais même les principes de la justice et de l’acuité de la sécurité des personnes et des propriétés, de l’égalité des droits proclamés et divulgués par notre code religieux se trouvent pour ainsi dire abolis pour le malheureux peuple persan. Aussi la Perse n’a presque pas d’administration, point d’armée digne de ce nom. Point de justice bien rendue point de politique étrangère définie et sérieuse dont y va au jour le jour, sans aucun souci du lendemain, et nos voisins qui connaissent cet état de choses, nous regardent avec dédain et épient le moment favorable où ils pourraient s’emparer du pays, soumettre un peuple comme un troupeau sans berger et mettre fin à un Empire plusieurs fois séculaire.

Telle est, Sire, la situation de mon pays, je viens de la dépeindre à votre Majesté de la manière la plus confidentielle mais exacte et fidèle. Aussi, dès que j’ai reconnu la complète stérilité de mes efforts tentés de loin et des conseils adressés d’ici, j’ai pensé que ma présence pourrait être plus utile à Téhéran , et j’ai prié mon gouvernement d’accepter ma démission et de me remplacer à la Cour des Tuileries. Le gouvernement a agréé ma demande et d’ici à peu de temps, je solliciterai de Votre Majesté l’honneur de prendre congé d’Elle et de quitter à mon grand regret une cour où j’étais l’objet d’une si grande bienveillance et un pays que je ne cesserai d’admirer et d’aimer. La position en quelque sorte indépendante que j’occupe dans mon pays natal (Guerrous -Kurdistan), fief héréditaire de ma famille, me rendrait commode et facile une retraite absolue des affaires, mais Votre Majesté me permettra de lui avouer que quelque déplorable que soit la situation de mon pays je ne le crois pas encore complètement désespéré et je sens qu’il est du devoir de tout homme animé de patriotisme et de dévouement pour son souverain de tenter de nouveaux efforts. Je me propose donc, de concert avec quelques personnages qui partagent mes idées et mes douleurs, d’implorer respectueusement Sa Majesté le Schah de porter urgence son attention sur la situation déplorable de notre pays et de puiser dans les bonnes situations une volonté ferme et d’assurer avec énergie l’exécution graduelle mais sûre de certaines réformes. Il est possible que cette démarche soit couronnée de succès et que les circonstances favorables compatibles avec ma fidélité au souverain me permettra de le servir plus directement et de lui consacrer tout ce que j’ai de force et de volonté. C’est pour une conjoncture de ce genre que j’oserai ici solliciter l’appui moral de Votre Majesté d’Empereur qui a tant à cœur  le bonheur, la prospérité des peuples et le progrès de la civilisation ne voudra par refuser certainement cet appui à ceux qui s’inspirent de ses idées et cherchent, de si loin que ce soit à suivre ses enseignements. Un jour peut-être, la Perse sera-t-elle plus digne qu’elle ne l’est maintenant de l’attention de la France, car je puis le dire sans être taxé de présomptions outre les avantages de sa position géographique en Asie, outre ses ressources non exploitées, la Perse compte dans son sein un grand nombre d’hommes intelligents  qui gémissent  de l’abaissement du pays et pour de tristes réflexions sur l’infériorité où le retient l’incurie de ses gouvernants mais  le peuple longtemps isolé du mouvement européen n’a pu ni le suivre ni trouver lui-même sa voie, il a besoin d’un guide et d’un initiateur. Cette initiation, il l’attend de son souverain. Dévoué de son souverain et à sa dynastie, ce peuple recule  encore devant toute démonstration de nature à mettre  en doute sa fidélité, mais il serait à craindre que sa patience ne fût pas égale à ce sentiment  et c’est dans mon opinion de devoir de tout homme de bien de travailler à écarter à jamais de tels dangers.

Que Votre Majesté daigne excuser la liberté que j’ai prise de l’entretenir d’une question si éloignée de ses préoccupations plus graves et plus urgentes. J’y ai été enhardi par la bienveillance de l’Empereur à mon égard par l’amour ardent de mon pays, et par la confiance sans borne que j’ai dans le cœur  juste et magnanime de Votre Majesté envers tous.

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